Pour un kit plug and play de 800 Wc, une batterie de 1 kWh fait gagner entre 11 et 57 € par an selon nos calculs. Le haut de la fourchette concerne un petit consommateur dans le Sud. Le bas, un foyer qui consomme déjà presque toute sa production. Tout tient à un chiffre : la part de votre production que vous perdez aujourd’hui.
Le réflexe est de croire que plus on consomme, plus la batterie sert. C’est l’inverse. Un foyer qui avale déjà sa production en journée n’a presque rien à stocker : la batterie se remplit peu et rapporte peu. Elle ne se justifie que là où le surplus est réel. Nous l’avons chiffré heure par heure, à Lille, Lyon et Marseille, avec les données publiques de PVGIS et d’Enedis.
Kit solaire avec ou sans batterie : ce que changent les chiffres
Sans batterie, un kit plug and play ne fait économiser que l’électricité consommée au moment où il produit. Le surplus de midi ne vous rapporte rien : un kit plug and play se déclare en autoconsommation sans injection (convention CACSI), donc sans contrat de vente. Une batterie récupère une partie de ce surplus pour le restituer le soir. Son intérêt se mesure donc en kilowattheures récupérés, puis en euros.
Voici le résultat pour un kit de 800 Wc incliné à 35° plein sud, et un foyer qui consomme 2 000 kWh par an :
| Ville | Production du kit (kWh/an) | Autoconsommation sans batterie | Avec 1 kWh | Avec 2 kWh | Gain de la batterie (1 kWh / 2 kWh) |
|---|---|---|---|---|---|
| Lille | 848 | 65 % | 87 % | 96 % | +36 € / +51 € par an |
| Lyon | 1 010 | 61 % | 84 % | 95 % | +45 € / +68 € par an |
| Marseille | 1 247 | 58 % | 81 % | 94 % | +57 € / +91 € par an |
Le gain est la différence d’économie sur la facture, au prix de 0,2001 € TTC le kWh (tarif réglementé option Base au 1er août 2026, 3 ou 6 kVA). À Lyon, 45 € par an, c’est un peu moins de 4 € par mois. Le Sud gagne plus, pour une raison simple : il produit plus, donc il perd plus de surplus, donc il y a plus à stocker.
Pourquoi un foyer qui consomme beaucoup n’a presque rien à gagner
Reprenons le même kit, mais pour un foyer de 4 000 kWh par an. En moyenne, sa consommation de journée suffit à absorber presque toute la production du kit. Le surplus fond, et l’intérêt de la batterie avec lui :
| Ville | Autoconsommation sans batterie | Avec 1 kWh | Gain de la batterie de 1 kWh | Gain avec 2 kWh |
|---|---|---|---|---|
| Lille | 93 % | 99 % | +11 € par an | +11 € par an |
| Lyon | 92 % | 99 % | +15 € par an | +15 € par an |
| Marseille | 90 % | 99 % | +23 € par an | +23 € par an |
Passer de 1 à 2 kWh ne rapporte presque plus rien (moins de 50 centimes par an) : la plupart des jours, il n’y a pas assez de surplus pour remplir le premier kilowattheure. Le chiffre qui décide n’est donc ni la ville ni la taille de la batterie. C’est votre taux d’autoconsommation sans batterie. Au-dessus de 90 %, une batterie a très peu à faire.
Ce taux dépend surtout de vos horaires de vie, et nous l’expliquons profil par profil dans le taux d’autoconsommation selon le profil du foyer. Un foyer absent toute la journée part d’un taux plus bas : c’est lui qui a le plus à stocker.
Une batterie pour kit solaire est-elle rentable ?
La question se retourne facilement. Au lieu de chercher le prix d’une batterie, demandez-vous combien elle peut coûter au maximum pour se rembourser. Sur 10 ans, sans tenir compte d’une hausse du prix de l’électricité ni de l’usure de la batterie, cela donne :
- Foyer de 2 000 kWh, batterie de 1 kWh : 362 € à Lille, 453 € à Lyon, 569 € à Marseille.
- Foyer de 2 000 kWh, batterie de 2 kWh : 513 € à Lille, 680 € à Lyon, 906 € à Marseille.
- Foyer de 4 000 kWh, batterie de 1 ou 2 kWh : 108 à 230 € selon la ville.
Si la batterie que vous regardez coûte plus que ce plafond, elle ne se rembourse pas en 10 ans. Comparez avec le prix affiché, rien de plus. Le calcul de l’amortissement du kit lui-même est détaillé dans rentabilité et amortissement d’un kit ; la batterie s’y ajoute comme un second investissement, avec son propre délai.
On pourrait objecter que l’électricité va augmenter et que la batterie rapportera donc davantage. C’est possible, et l’effet se calcule simplement : chaque kilowattheure stocké vaut le prix du kWh au moment où vous le consommez. Si le kWh passe de 0,20 à 0,25 €, le gain annuel augmente d’un quart. Pour un foyer de 4 000 kWh à Lyon, il passe de 15 € à 19 € par an. Une hausse des prix ne crée pas de surplus là où il n’y en a pas.
Kit solaire sans batterie : quand c’est le bon choix
Pour la plupart des foyers qui équipent un balcon ou un jardin d’un kit de 400 à 800 Wc, la réponse est « sans batterie, d’abord ». Trois situations le confirment :
- votre consommation annuelle dépasse nettement la production du kit (par exemple 4 000 kWh pour un kit qui en produit 850 à 1 250) ;
- quelqu’un est à la maison en journée, ou des appareils tournent en journée (lave-linge ou lave-vaisselle programmés) ;
- vous pouvez déplacer des usages vers midi : c’est gratuit et ça fait le même travail qu’une batterie sur le surplus.
À l’inverse, la batterie mérite le calcul si votre foyer consomme peu, s’il est vide la journée et si vous habitez dans la moitié sud. C’est le cas où le surplus perdu est le plus important. Même là, le plafond de prix ci-dessus reste la question à poser au vendeur.
Comment nous avons fait le calcul
Nos chiffres viennent de deux sources publiques, croisées heure par heure :
- La production : PVGIS 5.3, l’outil de la Commission européenne, en série horaire de 2020 à 2023. Kit de 800 Wc, inclinaison 35°, plein sud, pertes système de 14 %, pose « intégrée au bâtiment » dans PVGIS (l’hypothèse la plus prudente pour des panneaux peu ventilés, contre un mur ou une rambarde). Les résultats sont la moyenne des quatre années.
- La consommation : la courbe de charge moyenne publiée par Enedis pour les clients résidentiels en option Base jusqu’à 6 kVA (profil RES1, plus de 14 millions de points de livraison), au pas d’une demi-heure, sur l’année 2025. Nous avons gardé sa forme et l’avons ramenée à 2 000 et 4 000 kWh par an.
- La batterie : capacité utile de 1 ou 2 kWh, rendement de 90 % entre la charge et la restitution, puissance de décharge limitée à 800 W, recharge uniquement par le surplus solaire.
Une limite à garder en tête : la courbe d’Enedis est une moyenne de millions de foyers, plus lisse que celle d’une maison réelle. Un vrai foyer consomme par à-coups. Ses taux d’autoconsommation sans batterie sont donc souvent plus bas que les nôtres, et le gain de la batterie plus élevé. À l’inverse, nous n’avons pas compté la consommation de veille de la batterie elle-même, qui rogne ce gain. Nos tableaux donnent un ordre de grandeur, pas votre cas.
Calculer votre propre cas
Deux chiffres suffisent pour décider. D’abord la production de votre kit à votre adresse : le comparateur la donne à partir de PVGIS, et notre guide des données PVGIS explique comment la lire. Ensuite votre consommation en journée, que vous trouvez dans votre espace client Enedis si vous y avez activé l’enregistrement de la courbe de charge de votre compteur Linky.
Si la production de votre kit est faible devant votre consommation de journée, gardez votre argent : sans batterie, vous consommez déjà presque tout. Si elle la dépasse nettement, faites le calcul du plafond de prix avant d’acheter. Et si vous ajoutez une batterie, relisez les démarches Enedis et Consuel : la déclaration du matériel en dépend.
Sources
- PVGIS 5.3 — Commission européenne, Joint Research Centre
- Enedis Open Data — Agrégats segmentés de consommation électrique au pas 1/2 h des points de soutirage ≤ 36 kVA
- CRE — Délibération n° 2026-147 du 15 juillet 2026, annexe B1 (barèmes des tarifs Bleus)
- CRE — Communiqué du 16 juillet 2026 sur les tarifs au 1er août 2026 (accise)